Historique

Cent ans d’existence

La naissance de la Société Lorientaise des Beaux-Arts

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, l’art est très vivant dans le pays de Lorient. Aussi, dès 1905, le peintre Narcisse CHAILLOU, retiré à Port-Louis, cherche à organiser des rencontres picturales. Deux autres artistes, PÉGOT-OGIER et Stéphen GALLOT (architecte et fusainiste émérite) se joignent à lui. Monsieur FONTAINE, qui fait commerce de fournitures pour artistes, apporte également son concours.

Ces quatre personnes vont réussir à organiser la première exposition subventionnée par la Société des Hospitaliers-Sauveteurs-Bretons. Soixante artistes exposant 350 œuvres y participent le 15 septembre 1907, au Garage Augereau, 13 Cours de Chazelles (aujourd’hui à la place de l’ex-magasin Concorde) et, même si ce lieu n’est pas adapté, c’est un premier succès.

En 1908, Salle Dousdebes, se tient le premier Salon officiel de l’Association Lorientaise des Beaux-arts. Le bâtiment de la Salle Dousdebes, (aujourd’hui quartier Brizeux) a été construit pour en faire un musée. Stéphen GALLOT, élu premier président de l’association assumera son rôle de façon primordiale.PÉGOT-OGIER, élu vice-président, exposera régulièrement jusqu’en 1913.

Suite aux bons résultats de l’exposition de 1908, Stéphen GALLOT demande au maire qu’un salon semblable soit ouvert, toujours salle Dousdebes, entre le 15 juin et le 15 juillet 1909. La demande est accordée. Dans le cadre de l’exposition, une tombola est organisée autour de dons des commerçants et d’œuvres offertes par les artistes, c’est un succès.

En 1910, Olivier CHÉRON, sociétaire du Salon des artistes Français à Paris, expose à la SLBA « Petit port de refuge à Belle-île en Mer ».

Le salon des Beaux-Arts est bien lancé 

On trouve parmi les exposants : Narcisse CHAILLOU, Stéphen GALLOT, Caroline ESPINET, Elodie LA VILLETTE, PÉGOT-OGIER et le sculpteur Auguste NAYEL. Ils continueront à exposer jusqu’en 1913. PÉGOT-OGIER, peintre hennebontais, se voit retenir trois toiles au Salon d’Automne à Paris. En 1913 disparaît Pierre-François OGÉ, professeur de dessin au lycée de Lorient et sculpteur à qui l’on doit la statue de Brizeux installée dans le jardin Chevassu.

Elodie LA VILLETTE, peintre célèbre, est vice-présidente de la SLBA en 1910 ; elle meurt en 1917. Sa sœur, Caroline Espinet, également vice-présidente de la SLBA, expose au Salon jusqu’en 1911, elle décède le 1er novembre de cette année et Stéphen GALLOT salue « une artiste brillante pour laquelle n’existait pas d’obstacles à la vérité ».En 1912, faute de local, la Salle Dousdebes étant en réfection pour accueillir le transfert du musée municipal, le Salon de la SLBA n’a pas lieu; il rouvre en 1913. Max CLÉMENT, exposant fidèle au salon, se voit à nouveau admis cette année au Salon des Artistes Français. Puis survient la première guerre mondiale qui va fermer les portes du Salon pendant huit longues années.

L’entre-deux-guerres

Après la tragique rupture de la première guerre mondiale, où PÉGOT-OGIER meurt tragiquement dans les tranchées, le Salon rouvre ses portes en 1922. A la Salle des Fêtes, (Quai des Indes), du 6 au 20 août, les cimaises occupées par les artistes sont complétées par une exposition des arts de notre pays appliqués à l’industrie (meubles, poteries, cuivres, étains, cuir repoussé, décoration d’étoffes, photographies d’art…). On y trouve aussi, de même que les années suivantes, des dessins des principales écoles primaires et secondaires de Lorient. On y donne des conférences. Y exposent CHAZAL, PRUDHOMME, JEANNEAU, MaxCLÉMENT, A. LE BIHAN, BREUILLOT, Marguerite CHAUZEL, Joseph LE CORRE, GAYET, LACROIX…

En 1923, c’est un grand succès tant par le nombre d’exposants (300 toiles) que par la qualité des œuvres. Musique et poésie y ont une place d’honneur. De nombreuses matinées concerts sont organisées. On y retrouve LE BIHAN, JEANNEAU, CHAZAL, CLÉMENT, ainsi que le Président GALLOT, Mlle LE GUEN, Louis JAFFRÉ, le graveur Paul DE LASSENCE exposant au Salon d’Automne à Paris dès 1911, Victor MÉNARD régulièrement présent au Salon des Artistes Français,

LORGEOUX et les photographes CHARDON et CHEVASSU confirment leur présence au Salon de la SLBA de 1924 à 1928.

En 1928, un portraitiste célèbre, Emmanuel FOUGERAT présente « Portrait de femme », acheté plus tard par le musée de Lorient. De 1922 à 1939, 90% des achats du musée se font dans le cadre du Salon de la SLBA. Jusqu’en 1939, on intègre un ensemble de deux à six concerts gratuits dans le programme de l’exposition à la Salle des Fêtes.

De 1925 à 1935, le salon accueille, parmi d’autres, les œuvres de Pierre BERTRAND, Léopold CHAZAL, Max CLÉMENT, Emile COMPARD, Lucien VictorDELPY et Alexandre LE BIHAN qui fut responsable de la structure muséale.

De 1936 à 1939, sous la présidence de Monsieur NABAT (architecte), le Salon expose entre autres les œuvres d’Adolphe BEAUFRÈRE, Guy BIGOT, AndréLENORMAND (peintre et caricaturiste sous le nom de « LEN »), Fernand JEANNEAU, Arthur MIDY, Albert PRUDHOMME, Henri Alphonse BARNOINdont sa « Chapelle St Fiacre » lui vaut, en 1933, le grand prix de l’Association des Paysagistes Français et Xavier DE LANGLAIS auteur de toiles épurées et de fresques. Durant ces quatre années, Georges GRIOIS qui expose par ailleurs au Salon des Indépendants, présente plusieurs huiles sur toile à la SLBA.

A l’occasion du Salon, toutes ces années 30 voient organiser une soirée comprenant deux parties l’une musicale et l’autre théâtrale, dirigée par MonsieurJOUBIOUX père.

« La résurrection du Salon de la SLBA »

 C’est ainsi que titre le journal « La Liberté du Morbihan » le 5 octobre 1948, aux lendemains de la seconde guerre mondiale. Au début de cette année, la SLBA n’était pas encore sortie du sommeil dans lequel l’avait plongée la guerre, l’occupation et l’exode. Sous l’impulsion de Monsieur HUET et sous la présidence de Jean PÉRIGAULT, industriel à Lanester, la SLBA ouvre les portes de son Salon de la Libération, aux côtés de l’exposition de la France d’Outre-Mer.

Avec quelques planches et beaucoup d’ingéniosité, avec un pan de mur entêté à survivre à la destruction, on a su créer un hall spacieux. Les peintres se sont installés à l’intérieur de cette galerie de bois couverte de toile qui associe le Lorient mutilé à la ville de transition faite davantage de maisons assemblées par des menuisiers que d’immeubles édifiés par des maçons.

On y découvre les peintres LORGEOUX, Albert PRUDHOMME, Guy BIGOT, André LENORMAND, Léo PERNÈS, JOUBIOUX, Emilienne JACOB qui fut un des piliers de la SLBA pendant plusieurs décennies et créatrice du premier logo. Plusieurs jeunes artistes de moins de vingt ans sont présents. Une cinquantaine d’exposants y ont accroché leurs toiles. La presse évoque une véritable renaissance artistique.

Le Salon retrouve des murs

L’année suivante, le Salon s’installe dans le hall de la Chambre de Commerce. L’exposition groupe un peu plus de 40 participants avec environ 200 toiles. L’année 1950 retrouve les œuvres de Lucien Victor DELPY, peintre de la Marine très apprécié aux Salons de la SLBA d’avant guerre. En 1951, c’est le retour de Fernand JEANNEAU, lauréat à l’exposition internationale de Paris (1937). S’y exposent aussi Albert PRUDHOMME et Léo PERNES.

Sous la présidence de Jean PÉRIGAULT, les salons suivants accueillent les œuvres de Lucien VICTOR-DELPY qui s’installe à Lorient dès 1954, PierreHELLO, COULIOU, Max CLÉMENT, Jacques GEFFLOT, Henry JOUBIOUX , André LENORMAND familier des grandes galeries parisiennes et des Salons Internationaux, Gérard PRÉVOST, QUIDU, FORLAY. En 1956, Jean-Claude GOUALCH, artiste de moins de 20 ans, obtient un franc succès. En 2003, il deviendra vice-président de la SLBA après sa mission de Maire-Adjoint à la Culture de Lorient.

En 1958-1959, présidée par le Docteur FOURNIER, la SLBA offre ses cimaises à Robert PERNES, Jean BIGOT, le photographe Jean-Yves DUBOIS, Lucien Victor DELPY tandis qu’Emile LE NEUTHIEC installe ses sculptures. Emile COMPARD connaît une belle réussite et le musée de Lorient achète deux toiles de cet artiste.

Le Salon change d’adresse

En 1962, l’exposition est installée dans la salle du Musée de l’hôtel de Ville. On y trouve des œuvres de Jacques GEFFLOT, Marie-Thérèse LE LION (la plus fidèle exposante depuis 1956), Yves COULIOU, Claude HUART qui expose des huiles aux coloris audacieux.

L’année suivante, le 19 janvier 1963, disparaît Max CLÉMENT, peintre et musicien. Depuis 1958, il était conservateur honoraire du Musée de Lorient et s’intéressait à tout ce qui touchait la vie artistique de la cité, en particulier les activités de la SLBA. En 1972, toujours au Musée de l’Hôtel de Ville, parmi plus de 200 toiles, le Salon de la SLBA présidé par Maître PIGRÉE rend un hommage posthume au sculpteur Emile LE NEUTHIEC et au peintre AlbertPRUDHOMME décédé le 16 juillet de cette même année. Monsieur ALLAINMAT, Maire de Lorient, fait part de la décision prise par la ville d’acquérir une œuvre chaque année.

Jean BIGOT, fils de Guy BIGOT, s’y distingue en accrochant une série de papiers collés célébrant la Bretagne. Sont également remarqués JacquesGEFFLOT, Jean Paul JAPPÉ, Jeannick RADAL et Henry JOUBIOUX qui excelle dans l’expression sensible de ses portraits. Dans la presse, il faut souligner l’excellent travail de Ralph PARROT qui « dissèque » avec talent les salons de la SLBA.

Innover pour mieux séduire

Le Salon de 1977 accueille 77 exposants dont Yves COULIOU avec 3 grandes toiles, Henry JOUBIOUX aux portraits toujours élégants et sensibles ainsi que le talentueux Nantais Joël DABIN avec deux toiles abstractisantes aux tonalités roses et blanches.

Pour la première fois, le Salon offre un nouvel intérêt par l’attribution de nombreuses récompenses. Un prix de 1000 francs de la ville de Lorient revient à Marc BOUTEAU.

L’année suivante, on souligne la présence d’œuvres de Max CLÉMENT qui retiennent évidemment l’attention.

En préparant le Salon 1980, le président Maître PIGRÉE révèle l’organisation par la SLBA, grâce à l’intervention d’Edouard HELLIN, d’une exposition à Ludwigshafen dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

Changement de décor

Un changement d’importance en 1984 : La SLBA déménage l’exposition de la salle du Musée de l’Hôtel de Ville pour le Palais des Congrès. On compte 134 exposants pour 286 œuvres. Les artistes ont la satisfaction de voir leurs travaux bien présentés et disposant du recul nécessaire à leur visionnement. Outre le Salon, des peintres de la SLBA exposeront à Vigo (Galice) dans le cadre du jumelage et à l’initiative de Jean- Yves DUBOIS. Notons aussi que, pour la première fois de son histoire, la SLBA demande, avec succès une subvention à la ville.

De grands hommages rendus au Salon

Une rétrospective des peintures de Max CLÉMENT marque le salon de 1985 qui reçoit 152 exposants et plus de 300 toiles, ouvre l’exposition aux photographes et totalise 5360 entrées, sans compter la visite de 364 élèves des écoles et collèges.

En 1986 disparaît Henry JOUBIOUX, l’un des plus grands peintres que le pays de Lorient ait vu naître, fervent animateur de la SLBA et vice président. Avant de procéder au vernissage du Salon, le Maire Jean-Yves LE DRIAN a décidé d’honorer sa mémoire. Armand GUILLEMOT, Maire Adjoint à la Culture, souligne « la gentillesse, la modestie, le talent et les qualités de professeur de l’artiste ».

Ce Salon 1986 consacre une rétrospective à la mémoire d’Albert PRUDHOMME avec une trentaine de ses œuvres.

Suit en 1987 un hommage à Henry JOUBIOUX dont plusieurs toiles occupent des cimaises réservées. On y retrouve les différentes techniques et les genres qui ont marqué l’activité de ce peintre de talent. Six mille visiteurs découvrent ce salon.

En 1988 un grand hommage est rendu au peintre-graveur Adolphe BEAUFRÈRE de renommée internationale, décédé en 1960 à Larmor- Plage et dont l’œuvre influencée par l’école de Pont-Aven est unanimement reconnue. Dans son discours, Maître PIGRÉE salue l’action de Théo HENRY comme vice-président de la SLBA durant de longues années mais aussi en sa qualité de journaliste, critique d’art au réel talent.

En 1989, est honoré Emile COMPARD (1900 – 1977) dont Claude Huart écrit : «  Il connaissait l’art de piéger la lumière et la brume, la mer et le rocher, le cri et le chuchotement…Il fut reconnu par des aînés aussi prestigieux que BONNARD, SIGNAC, VUILLARD et MATISSE ».

Le Salon très en vogue

En 1991, un record, 6500 visiteurs fréquentent le Salon et apprécient vivement l’honneur rendu à Elodie LA VILLETTE. Plus tard, un hommage est rendu au peintre Lucien Victor DELPY qui fut un grand animateur de la SLBA.

En 1994, à la Galerie du Faouëdic, un hommage est rendu  au peintre André LENORMAND récemment disparu, artiste médaillé d’or à la Biennale Internationale de Menton, prix de la Fondation Rothschild à Londres, lauréat aux grands salons Français.

L’année 1995 célèbre PÉGOT-OGIER qui fut élu vice-président de la SLBA en 1908.

En 1999, Maître Yves PIGRÉE qui a présidé la SLBA pendant 40 ans cède la place au graveur Serge KERVAREC. Cette même année disparaît EdouardHÉLIN, un homme aimé de tous, secrétaire de la société pendant 15 ans et maître des natures mortes et du trompe l’œil. En 2000, un hommage lui est rendu par la Ville et la SLBA au Palais des Congrès.

Les expositions suivantes connaissent comme invités d’honneur : Jean-Marie ZACCHI, Jean-Pierre LE BRAS et Jean LE GUEN. Après quelques années d’absence, la photographie refait son entrée au Salon en 2002 .

A la recherche du renouveau

Sous la présidence de Serge KERVAREC, l’année 2004 connaît exceptionnellement deux salons : le traditionnel Salon de février au Palais des Congrès et une exposition en décembre à l’Hôtel Gabriel sur le thème de « L’Odyssée maritime ». S’y côtoient des fossiles vieux de millions d’années, de vieilles pirogues, une ancre de pierre romaine, tout ceci admirablement installé par Claude CHRESTIEN de la Société d’Archéologie et d’Histoire, des dessins anciens des 17éme et 18 éme siècles  jusqu’au gros de l’exposition dédié à l’art contemporain. Toute l’Odyssée Maritime est offerte au public en présence d’une célèbre invitée d’honneur, la rameuse Anne QUÉMÉRÉ.

En 2005, l’invité d’honneur est le célèbre graveur Roger MARAGE que Jean-Yves DUBOIS surnomme, dans le fascicule du salon, « un prince de l’eau forte ».

En 2006, l’invitée d’honneur est l’artiste Jeannick RADAL, entrée au conseil d’administration de la SLBA en 1972 et vice présidente pendant quinze années.

On s’attelle d’ores et déjà à la célébration du Centenaire de la SLBA qui donnera lieu à un Salon exceptionnel en février 2007 avec un deuxième rendez-vous au mois d’octobre en partenariat avec la Ville de Lorient et à la Galerie du Faouëdic. Des conférences émailleront cette année symbolique, concernant des artistes qui ont marqué de leur rayonnement la Société Lorientaise des Beaux-Arts.

Pendant des décennies, le Salon qui se voulait une manifestation populaire n’a jamais négligé la recherche d’une certaine qualité. Aujourd’hui, le Salon de la SLBA, carrefour de l’art, veut se consacrer à toujours mieux présenter un véritable panorama de la création artistique. La recherche de toujours plus de qualité, la mise en place d’idées nouvelles et l’ouverture aux dernières techniques d’expression seront les préoccupations à venir de la SLBA qui peut se préparer à un long et fructueux futur.

Roger LE DÉVÉHAT,

Avec le concours de Serge KERVAREC, Jean BIGOT, et Michel LENORMAND

Gaston Intès pour la mise en page

Remerciements à Mme GOURMELEN de la médiathèque de Lorient (Section Bretagne), à M. LE PALLEC pour ses sources très utiles, à Mme HARROUËT de la Société d’Archéologie et d’Histoire pour ses conseils méthodologiques, au personnel des archives municipales pour leur efficace accueil.